1 septembre 2021

Entrevue avec 4 chercheurs de la communauté IVADO

Liliana Perez

Université de Montréal

Quels sont vos intérêts de recherche ?

Je suis professeur agrégé au département de géographie de l’Université de Montréal. Mes expériences de recherche et d’enseignement sont ancrées dans les théories et les pratiques de la science de l’information géographique (GIScience) et de la science des systèmes complexes (CSS), en particulier dans les domaines de la géoinformatique et de la géosimulation. Mes recherches se concentrent sur l’incorporation de l’intelligence artificielle (AI) et des techniques d’apprentissage automatique (ML) dans le développement de modèles basés sur les agents (ABM) pour résoudre des problèmes socio-écologiques complexes dans différents types de systèmes, tels que les écosystèmes urbains, forestiers et des zones humides. Je suis motivé par un large éventail de questions qui couvrent plusieurs disciplines, notamment l’écologie du paysage, la couverture et le changement de l’utilisation des sols (LUCC) et la foresterie. J’étudie une variété d’écosystèmes différents, des forêts boréales et des zones humides, des zones humides tropicales et des paramos aux fjords de Patagonie, et à des échelles allant des arbres individuels aux paysages régionaux.

Spécialités : Modélisation basée sur les agents, SIG, systèmes socio-environnementaux complexes, foresterie, écologie.

Un fait amusant sur vous et/ou votre devise ?

J’adore la montagne et la forêt et je ne me lasse pas de faire autant de randonnées que possible. En fait, j’ai deux devises, toutes deux inspirées par le même homme, Albert Einstein. « La mesure de l’intelligence est la capacité à changer » et « Une personne qui n’a jamais fait d’erreur n’a jamais rien essayé de nouveau ». C’est pourquoi j’apprécie tant la diversité et la capacité d’adaptation de tous les membres de mon laboratoire de recherche.

Quel serait votre projet de recherche collaborative idéal ?

En tant que géographe et modélisatrice, j’ai eu l’occasion et j’aime beaucoup travailler avec des chercheurs aux compétences très diverses, comme des biologistes, des géologues, des anthropologues, des archéologues, des épidémiologistes, des ingénieurs des transports, et la liste est longue. Néanmoins, je pense que la recherche collaborative idéale doit non seulement impliquer une équipe multidisciplinaire, mais aussi une variété de parties prenantes et de décideurs. Pour donner un exemple, si vous voulez élaborer un plan de gestion durable des espèces endémiques, vous devez comprendre le point de vue des communautés, l’importance des ressources et la façon dont elles les utilisent ; vous devez travailler avec les agences gouvernementales pour les guider vers un programme de planification participative qui permette à chacun d’atteindre ses objectifs avec l’aide de la science.

En quoi les domaines de la santé animale et de la santé humaine peuvent-ils vous être utiles dans vos recherches ?

Il n’est pas surprenant que la santé animale et la santé humaine soient toutes deux affectées et dépendent des environnements naturels et bâtis. Par conséquent, l’identification des problèmes de santé animale et humaine dans un système complexe pourrait nous aider à déterminer les facteurs environnementaux qui déterminent les modèles émergents et la distribution spatiale des populations animales et humaines qui connaissent des problèmes de santé spécifiques en relation avec leur habitat.

Simon Dufour 

Université de Montréal

Quels sont vos intérêts de recherche?

J’ai une expertise  en épidémiologie des maladies infectieuses des animaux de production, principalement des vaches laitières. Je m’intéresse particulièrement à la validation de tests diagnostiques à l’aide de méthodes Bayesiennes, mais aussi à la surveillance des maladies animales ainsi qu’à l’utilisation des antimicrobiens en industrie laitière. Pour ce, j’utilise régulièrement les larges bases de données générées par les propriétaires d’animaux et leurs vétérinaires. J’utilise aussi les données protéomiques pour mieux décrire les isolats bactériens que nous obtenons de divers échantillons d’origine animale et de leur environnement.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

Un fun fact? Au travail je suis souvent dans le champ!

Ma devise? C’est plutôt une citation, mais je n’ai pas pu retracer l’auteur initial :  There are 3 kinds of epidemiologist; those who can count and those who cannot

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

J’aime les projets qui se trouvent à la frontière de plusieurs disciplines et, donc, souvent à la frontière de ce qui est réalisable avec les connaissances actuelles. Idéalement, cela implique :

  • une ou plusieurs bases de données importantes, mais qui posent des défis au niveau de l’assemblage et du nettoyage;
  • des collègues enthousiastes et de diverses disciplines (microbiologie, épidémiologie, sciences cliniques, sciences des données)
  • une « traduction » des résultats finaux en quelque chose de concret et tangible pour les utilisateurs de nos recherches;
  • un projet qui répond à un besoin de société réel.

En quoi les domaines de la santé humaine et de l’environnement pourraient vous être utiles dans vos recherches ?

Les impacts de nos interventions en production animale ont des impacts directs sur la santé humaine et leur environnement. Que ce soit par l’amélioration des qualités nutritives des aliments, par la sécurité alimentaire, mais aussi par la prévention des zoonoses (les maladies transmissibles des animaux aux humains). L’antibiorésistance est un autre domaine de recherche où santé animale, santé humaine et santé des écosystèmes sont très étroitement liées. Sans une évaluation formelle des impacts de nos interventions en santé animale sur la santé humaine et celle des écosystèmes, nous ne dressons qu’un portrait partiel et, possiblement, biaisé de la qualité de ces interventions.

Jacques Corbeil

Université de Montréal

Quels sont vos intérêts de recherche?

Je suis intéressé par un peu tout. J’adore la technologie et les microorganismes et c’est le leitmotiv et le fil conducteur de ma recherche.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

J’aime faire de la voile. J’ai la nationalité australienne et canadienne. Je suis impatient, mais conciliant. Montre-moi quelqu’un qui ne fait pas d’erreur et je te montre quelqu’un qui ne fait pas grand chose.

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Il y en a 2 qui m’intéressent. Évidemment le one health approach pour la résistance aux antibiotiques. J’ai 2 autres projets subventionnés dans le domaine, un avec une équipe internationale France, Finlande et Chine et l’autre sur la diffusion environnementale de la résistance avec Caroline Duchaine. L’autre projet qui est en élaboration est de faire un Cancer App. Faire une vraie application sociale pour les patient.e.s atteint d’un cancer. Ça manque terriblement à l’arsenal pour la lutte contre le cancer.

En quoi les domaines de la santé animale et de l’environnement pourraient vous être utiles dans vos recherches ?

J’espère assister la création des vaccins et des anticorps pour combattre les maladies infectieuses chez les animaux et ainsi réduire l’utilisation des antibiotiques et antiviraux en agriculture et pour nos animaux de compagnie.

Yves Terrat

Université de Montréal

Quels sont vos intérêts de recherche?

Je suis microbiologiste et bioinformaticien de formation. Ayant travaillé plus de 10 ans dans ce domaine, j’ai un intérêt particulier pour les microorganismes, leur impact sur la santé humaine et animale et l’utilisation de méthodes de criblage haut-débit pour comprendre leur fonctionnement. L’étude des microbiomes humains, c’est à dire l’ensemble des microorganismes qui nous peuplent, va certainement révolutionner notre approche de la santé dans les prochaines années. Vous savez sans doute que plusieurs centaines de microorganismes différents vous colonisent depuis vos premières minutes de vie. Ils représentent à eux-seuls quelques kilogrammes (> 30 milliards de milliards de cellules). L’interaction avec ces microorganismes est essentielle pour le développement du système immunitaire, la production de certaines vitamines, la dégradation de certains types de fibres, etc, etc. On observe aussi un lien entre la composition du microbiome et de nombreuses maladies (métaboliques, inflammatoires et même mentales), même si le rapport causal n’est pas toujours établi. C’est un sujet absolument fascinant. Nous ne sommes pas si humains que nous le pensons…

Je m’intéresse également à la transition numérique dans le domaine de la santé et en particulier à l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins diagnostiques. Il y a des enjeux techniques, éthiques et d’acceptation sociales majeurs.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

Les bioinformaticiens et autres scientifiques de données sont, par essence, des personnes très peu sujettes à l’humour . J’ai écrit ma thèse et analysé mes jeux de données sur un ordinateur avec 128 Mo de mémoire vive et quelques gigaoctets de capacité de stockage. Le tout partagé entre 3 personnes.  C’était le bon vieux temps.

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Un projet idéal c’est d’abord un sujet « idéal ». Même si j’ai fait l’essentiel de ma carrière en recherche fondamentale, je suis maintenant attaché à participer à des projets de recherche plus appliqués. De mon point de vue c’est donc un projet qui va avoir un impact sociétal significatif.  Avec l’IVADO (Barbara Decelle) et le laboratoire d’innovation de l’UDEM (Manon Boiteux), nous travaillons par exemple sur un projet transdisciplinaire sur la résistance aux antibiotiques qui est déjà un problème majeur à travers le monde et qui va s’amplifier de manière dramatique dans les prochaines décennies. Il y a un besoin urgent de mobiliser les chercheuses et chercheurs autour de cette thématique.

Un projet idéal c’est aussi une équipe « idéale ».  J’ai le privilège de travailler dans un contexte parfait de ce point de vue : les personnes sont à l’écoute les unes des autres, l’ambiance de travail est extrêmement bienveillante et l’équipe  est diversifiée . Une belle communauté de personnes qui joignent les actes à la parole.

Comment les domaines de la santé animale / santé humaine / environnement (selon la spécialité des profs) pourraient vous être utiles dans vos recherches ?

Le projet sur l’antibioresistance sur lequel nous travaillons actuellement est une illustration parfaite de l’intérêt de cette approche transdisciplinaire nommée « Une Seule Santé ». On pourrait travailler uniquement sur l’aspect santé humaine car il y a un problème évident dans la prescription de ces molécules par les médecins. C’est probablement le travail le plus urgent. On peut aussi travailler sur le développement de nouvelles molécules. C’est absolument nécessaire mais c’est une démarche longue et couteuse. Lorsqu’on réalise qu’une part très significative des antibiotiques est utilisée dans les élevages et que les molécules se « baladent » dans nos environnements à partir de ces sources, on voit bien que se focaliser uniquement sur la santé humaine ne représente pas une solution complète à ce problème. Faire travailler les chercheuses et chercheurs issu.e.s de départements différents sur ce projet dans une démarche holistique, c’est donc essentiel