8 novembre 2021

Entrevue avec 4 chercheur.euse.s de la communauté

Danielle Levac

  • Professeure agrégée, Faculté de médecine – École de réadaptation, Université de Montréal
  • Chercheure, Technopôle en réadaptation pédiatrique, Centre de réadaptation Marie enfant, Centre de recherche du CHU Ste-Justine

Quels sont vos intérêts de recherche?

Danielle Levac travaille avec Mirabelle, 7 ans, dans son laboratoire

Je m’intéresse à l’intégration durable et fondée sur les données probantes des innovations numériques telles que la réalité virtuelle et les jeux vidéo dans la réadaptation pour les enfants et adolescents en situation de handicap.  Avec une forte fondation sur une collaboration avec les clinicien.ne.s, mon but est de promouvoir l’applicabilité de ces technologies pour améliorer la qualité de vie et le bien-être des enfants handicapés et de leurs familles au Canada.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

J’admets que je ne suis pas une grande « gamer » moi-même, mais mon mari et mes enfants le sont, et ils aiment essayer tous les jeux dans mon laboratoire ! Ce que je trouve intéressant à propos de l’utilisation des jeux pour la réadaptation, c’est l’emphase sur la résolution active de problèmes dans des environnements engageants et stimulants pour promouvoir l’apprentissage de compétences transférables dans la vie réelle.

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Mon approche commence généralement par l’implication des enfants, des familles et des thérapeutes dès le début du processus de recherche, afin qu’ils puissent décrire leurs besoins et nous aider à comprendre comment et pourquoi ils pourraient bénéficier d’une technologie particulière. Par exemple, nous pouvons organiser un groupe de discussion ou faire participer les enfants et les thérapeutes à des tests de nouveaux jeux afin de comprendre comment soutenir leur utilisation et nous aider à résoudre les problèmes liés à leur intégration dans la pratique clinique.

Comment les domaines de la santé animale et de l’environnement pourraient vous être utiles dans vos recherches ?

En ce qui concerne l’environnement, je pense toujours à l’impact de l’environnement bâti sur les expériences quotidiennes des enfants handicapés et de leurs familles. L’un des avantages potentiels de l’utilisation de la technologie est qu’elle peut égaliser les chances de participation sociale des enfants handicapés et de leurs pairs au développement normal. Je pense également que la technologie peut potentiellement améliorer l’accès à la rééducation à domicile, ce qui peut permettre de surmonter certains obstacles à l’interaction avec l’environnement, ainsi que pour les familles vivant dans des régions éloignées ou rurales.

Cécile Petitgand

  • Coordonnatrice de l’initiative d’accès aux données de la Table nationale des directeurs de la recherche du MSSS : https://tndr-donnees.ca/
  • Associée de recherche au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM)
  • Professeure invitée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM)

Quels sont vos intérêts de recherche?

La co-création des systèmes d’intelligence artificielle avec les patients, les professionnels de santé et les gestionnaires des établissements.

Les facteurs de succès qui permettent de garantir l’utilisation sûre et efficace des systèmes d’IA en santé.

Les modèles d’évaluation en continu des impacts des systèmes d’IA en santé à travers le Canada et le reste du monde.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

Hum… Dans ma vie antérieure, j’ai co-fondé un portail en ligne centré sur le bien-être et la santé naturelle au Brésil. Il s’appelait Lar Natural (le Foyer Naturel) et rassemblait plus de 3 millions de visites par mois en 2014! Disons qu’aujourd’hui, je suis toujours un peu naturopathe, conceptrice de recettes de cosmétiques naturels, végétarienne… Les bonnes habitudes, ça reste !

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Je rêve de mettre en place un podcast appelé « La santé du futur à travers le monde » présentant des modèles inspirants nous provenant de plusieurs espaces culturels (Brésil, Inde, Japon, Afrique du Sud…) et permettant de (re)bâtir nos systèmes de santé au service du bien-être et de la santé durable, centrés sur l’individu et inscrits dans les communautés de vie et de travail.

Comment les domaines de la santé animale et de l’environnement pourraient vous être utiles dans vos recherches ? 

Avant de m’intéresser au domaine de la santé, j’ai conduit des recherches au Brésil dans le domaine de la préservation des espaces naturels (lutte contre la déforestation amazonienne) et la gestion des résidus solides (les déchets, pour faire simple :). Je suis donc tout naturellement sensible à ces enjeux que je ne trouve pas assez présents dans nos recherches sur les organisations de santé. Il nous faudrait reconnecter la santé et l’environnement à travers des projets de recherche ambitieux, qui existent déjà par ailleurs mais manquent certainement de visibilité. Je serais ainsi passionnée par un projet permettant de co-construire et adapter les outils visant à évaluer l’impact environnemental des systèmes d’IA en santé et aider les développeurs à devenir plus éco-responsables.

Pooneh Maghoul

  • Professeure associée à Polytechnique Montréal, fondatrice et directrice de SIGLab

Quels sont vos intérêts de recherche?

Caractérisation des milieux poreux naturels (tissus naturels).

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise?

Avant d’exercer ma vocation académique,  j’ai été animatrice de soccer sur une chaîne radio nationale ! J’ai fait partie de plusieurs équipes de soccer (universitaire et nationale). Si j’avais continué dans cette voie, j’aurais probablement pu jouer avec ou contre Christine Sinclair !

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Mon projet idéal est de défier le statu-quo pour construire une meilleure société progressive et résoudre les problèmes sociaux actuels. Je rêve d’amener le Canada sur la lune pour construire une base lunaire à la canadienne !

Comment les domaines de la santé animale et de la santé humaine pourraient vous être utiles dans vos recherches ?

J’applique ma connaissance en milieux poreux pour caractériser les tissus biologiques. Par exemple, on a développé une méthode de caractérisation basée sur les méthodes ultrasons pour déterminer les propriétés physiques et mécaniques des tissus biologiques comme l’os spongieux. En plus, dans un projet collaboratif, on essaie d’étudier le transfert des nanoparticules à travers les barrières biologiques comme le placenta.

Abdoulaye Baniré Diallo

  • Professeur d’informatique à l’UQAM, cofondateur et CSO de MIMs Inc.

Quels sont vos intérêts de recherche?

Mes intérêts de recherche se situent à la frontière entre la bioinformatique et l’intelligence artificielle. Ils portent sur les algorithmes et les méthodes d’intelligence artificielle d’intégration et d’analyse des données biologiques. En particulier, de tirer parti de la bio-informatique et de l’intelligence artificielle pour concevoir les modèles prédictifs et le suivi des indicateurs et biomarqueurs importants pour la surveillance des pathogènes, la production de céréales et la production laitière. J’aime les recherches qui ont un volet applicatif fort et à déploiement rapide.

Un « fun fact » sur vous et/ou votre devise ?

Plusieurs fun facts.  Le premier, j’étais mauvais en biologie et chimie à l’école secondaire et j’avais choisi des filières informatiques pour ne plus en entendre parler, et je me retrouve à travailler tous les jours avec des biologistes, agronomes, chimistes et médecins .

En second, je suis un Peul (ethnie reconnue comme nomade et éleveur de bovins), puis je me retrouve après des études poussées à revenir à des projets de recherche en production laitière comme les ancêtres.

Pour moi, il est important de noter qu’un bio-informaticien est au service des questions biologiques à résoudre. Et j’aime lorsque les problématiques sur lesquelles je travaille ont un impact direct au Québec, au Canada et en Afrique.

Quel serait votre projet idéal de recherche collaborative?

Un projet de recherche idéal est un projet interdisciplinaire qui s’intéresserait sur comment à travers la science, la technologie et changement de pratiques on pourrait réconcilier la productivité agricole ou animale et les impacts environnementaux pour une autonomie alimentaire au Canada. Ainsi, ce serait un croisement interdisciplinaire majeur dirigé par les sciences humaines et les technologies émergentes.

Comment les domaines de la santé animale et de l’environnement pourraient vous être utiles dans vos recherches ? 

Ces domaines sont de grandes génératrices de données hétérogènes à intégrer pour construire des modèles prédictifs et des outils de surveillance. Ainsi par exemple des algorithmes que nous avons mis en place servent à identifier et classifier les pathogènes présents dans des échantillons. Nous utilisons des algorithmes pour détecter des problèmes de boiterie. Nous utilisons des algorithmes pour prédire des évènements de santé, les chances de guérison.  Nous travaillons sur un projet sur le bien-être animal et la longévité des bovins. Par ailleurs, mon équipe conçoit aussi des algorithmes d’apprentissage machine qui permettent de prédire des indices de santé du sol et de regarder les impacts du climat sur la santé du sol du Québec. Nos algorithmes servent aussi aux chercheurs qui regardent l’impact des stresses abiotiques comme le froid, la sécheresse sur la résistance de certaines cultures.