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30 mars 2026
Une solution montréalaise pour prévenir la crise du logement au Japon
Comment Maket Technologies accélère et optimise la conception résidentielle grâce à l’IA générative.
Au Japon, où les terrains manquent et les signes d’une crise du logement s’accumulent, une solution québécoise a été choisie pour s’attaquer au défi. Maket Technologies, jeune entreprise montréalaise accélérée au sein de l’écosystème de recherche IVADO depuis 2022, a signé un partenariat stratégique avec Lib Work, l’un des plus importants constructeurs résidentiels japonais. Ce contrat commercial vise à déployer le premier système de conception automatisée par intelligence artificielle optimisé pour le marché nippon, en réduisant les délais, les coûts et la dépendance aux savoirs individuels des designers.
Qui est Maket ? Un architecte virtuel au service de tout le monde
Maket est un logiciel de conception architecturale basé sur l’intelligence artificielle générative. La plateforme génère des plans d’architecture complets, les visualise en 3D, et adapte automatiquement les conceptions aux contraintes d’un terrain, d’une réglementation et d’un budget. Fondée en 2019 par Patrick Murphy et Stéphane Turbide, l’entreprise est aujourd’hui dirigée par trois personnes : MM. Murphy et Turbide, respectivement à la direction générale et à la direction des opérations, et Simon Vallée au développement des produits.
« Nous sommes un peu le « Canva » de l’architecture », explique le directeur des opérations. « Quelqu’un qui n’est pas architecte, qui n’a pas de connaissances techniques, peut maintenant concevoir et explorer un plan d’architecture. »

Maintenant disponible en version beta, la plateforme simple d’utilisation permet de modifier les plans en temps réel dans un environnement 3D immersif, « un peu comme le jeu vidéo Sims ». Les utilisateurs peuvent explorer des variantes infinies et visualiser instantanément l’impact d’une modification.
Le partenariat japonais : un défi qui se transforme en occasion
Pour Lib Work, le partenariat avec Maket était devenu indispensable : l’industrie japonaise du logement fait face à trois défis majeurs : une dépendance croissante aux expertises individuelles des architectes, des pénuries de main-d’œuvre et une augmentation des coûts de construction. Avec une population stable, une urbanisation intense et un manque d’espace, le Japon doit optimiser chaque mètre carré. Ce qui a fait pencher la balance en faveur de Maket ? La robustesse de ses algorithmes, développés grâce à l’écosystème québécois de recherche depuis que l’entreprise a rejoint IVADO en 2022.
Dès le début de sa collaboration, l’entreprise a pu compter sur IVADO pour développer ses algorithmes de conception. Elle a participé à des projets intégrateurs avec Polytechnique sur l’optimisation spatiale, au programme DémultiplIA, et a eu accès au savoir-faire d’étudiantes et étudiants des centres de recherche. Au total, cinq étudiantes, étudiants et stagiaires ont contribué au développement technologique à travers les programmes Scientifiques en résidence et Scientifiques en action d’IVADO.
« Ce qui a été décisif, c’est de pouvoir amener des scientifiques à travailler sur de puissants algorithmes. Ça nous a permis de limiter notre risque technologique et d’arriver plus rapidement avec une solution commercialisable », explique M. Turbide.
« Les constructeurs japonais ne cherchaient pas qu’une plateforme de design : ils voulaient des algorithmes robustes capables de s’adapter à leurs contraintes réglementaires et spatiales uniques. Ce qui nous interpelle avec Maket, c’est justement cette capacité à résoudre des enjeux urbains complexes par l’IA. C’est exactement le type d’innovation que nous cherchons à propulser : des solutions montréalaises qui répondent à des besoins mondiaux », souligne Nancy Laramée, directrice des partenariats chez IVADO.
En mai 2024, Maket a participé à une mission commerciale en Asie organisée par IVADO, présentant sa technologie en Corée du Sud, notamment au Seoul Hub. Après cette mission, l’entreprise a poursuivi vers le Japon, accueillie par la déléguée du Québec à Tokyo. C’est lors de cette visite que Lib Work a découvert Maket.
Maket a effectué cinq déplacements au Japon, tenu des réunions aux deux semaines avec Lib Work, et présenté une preuve de concept rémunérée entre 2024 et 2026. L’appui du Conseil national de recherches du Canada et des délégués québécois a été décisif pour légitimer la startup auprès des partenaires nippons.
Et au Canada ?
Maket compte désormais 1 050 000 utilisateurs répartis dans 22 pays. Stéphane Turbide croit que le Canada pourrait certainement bénéficier de cette solution, notamment pour faciliter l’adaptation rapide des plans aux contraintes réglementaires et spatiales. Au Canada, une approche répandue consiste à proposer des modèles de maisons préconçus que les constructeurs adaptent ensuite à chaque terrain.
Or, la réalité du terrain, au sens propre, est rarement aussi simple. C’est précisément là qu’intervient le design génératif : adapter les plans en temps réel, au fil des contraintes qui évoluent.
« Quand une ville demande une modification à un projet, ce changement doit repasser par l’architecte, puis par le contracteur, puis par le client. C’est 3 semaines minimum à chaque cycle. Chaque petit changement relance le cycle de modifications. Donc 5 à 8 mois d’approbation pour un seul projet », explique-t-il.
Avec les réglementations municipales intégrées à la plateforme, Maket adapte rapidement les plans et facilite l’obtention des permis de construction. Le design en temps réel permet l’adaptation instantanée d’un plan selon les contraintes réglementaires, les paramètres du terrain et les modifications demandées, éliminant les délais et les coûts liés à la cascade administrative. Depuis son lancement commercial en juillet 2023, la plateforme a permis la création de plus de trois millions de projets architecturaux.
Pour Maket, le partenariat avec le Japon ouvre la voie à son objectif à plus long terme: automatiser la contextualisation géographique pour qu’un utilisateur en Amérique du Sud, en Afrique ou en Europe puisse générer un plan adapté aux contraintes locales en quelques clics. De quoi repenser l’accès à l’architecture résidentielle à l’échelle mondiale.
